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Cinéma : appel à la grève le 20 décembre

samedi 15 décembre 2012, par La Rédaction

Ce n’est pas tant le départ de Gérard Depardieu pour la Belgique qui secoue le cinéma que le refus par une grande partie des producteurs d’appliquer la nouvelle convention collective. Aussi, jeudi 20 décembre à 10 heures, les représentants des artistes, des ouvriers, des techniciens et des réalisateurs appellent à faire grève et à manifester, à 10 heures, sous les fenêtres du ministère de la Culture. Ce jour-là, Aurélie Filippetti réunit le conseil national des professions du spectacle. L’occasion pour les manifestants de réclamer l’extension par décret de la convention collective à l’ensemble des producteurs.
Aujourd’hui, seuls les grands circuits, UGC, Pathé et Gaumont, réunis au sein de l’API (Association des producteurs indépendants), appliquent ce texte et la nouvelle des grilles des salaires. Tous les autres producteurs, à travers leurs différents syndicats (*), refusent cette convention collective, trop coûteuse à leurs yeux. Du côté des salariés, tous ont signé, sauf la CFDT. Le texte était en discussions depuis... sept longues années. Si les "grands circuits" ont accepté de signer, c’est aussi parce que la situation juridique du secteur était devenue intenable. En effet, les inspecteurs du travail avaient conscience que la sous-déclaration des heures travaillées était massive. Ils menaçaient d’effectuer des descentes. "Le risque pénal était beaucoup trop important pour des entreprises comme les nôtres", souligne un responsable de l’API.
L’application des 35 heures hebdomadaires dans le monde du cinéma est problématique. Pour lever cette difficulté, la nouvelle convention collective fait appel à la notion d’heure d’équivalence. Ce régime dérogatoire repousse le paiement des heures supplémentaires. Le nouveau texte permet donc aux producteurs d’allonger la durée du travail hebdomadaire sur les tournages, et ce "à concurrence de 60 heures hebdomadaires", relève le syndicat national des techniciens du cinéma (SNTPCT).
La nouvelle grille des salaires minimum est-elle d’un coût insurmontable ? Pour les producteurs réfractaires à l’accord, la grille aurait un impact à la hausse de 15 à 20 % supplémentaire sur le coût des films. Un chiffre vivement contesté par les salariés, qui rappellent que le poste "salaire des ouvriers, techniciens et réalisateurs" ne pèse que 18,7 % du budget des films, dont 7,7 % pour les seuls réalisateurs (source CNC).
Les producteurs, hors l’API, réclament la réouverture des négociations et formulent des contre-propositions. Le salaire minimum serait diminué de 20 à 60 % selon les fonctions. Une partie prendrait la forme d’un intéressement aux recettes du film, à hauteur de 10 % pour les films dont le devis est inférieur à 4 millions d’euros (6 films sur 10 en France). Naturellement, les salariés s’opposent à cette forme de rémunération qui ne serait qu’hypothétique. Ils se fondent sur un arrêt de la chambre sociale de la Cour de cassation du 16 septembre 2009, qui a jugé qu’un salaire, même dans le cinéma, ne peut être aléatoire.
C’est au ministère du Travail de prendre le décret d’extension de la convention collective. Vu les tensions suscitées dans le secteur, celui-ci rechigne. Aurélie Filippetti peut-elle infléchir la position de son collègue, Michel Sapin ? C’est tout l’enjeu de la manifestation de jeudi prochain.

(*) Outre l’APC, les syndicats patronaux opposants sont l’UPF (Luc Besson, Thomas Langmann, Alain Terzian...), le SPI (360 producteurs), l’AFPF (Association française des producteurs de films) et l’APFP (les films publicitaires).

(14 Décembre 2012 - Avec les agences de presse)

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