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TNT : six nouvelles chaînes gratuites, adieu, les payantes !

vendredi 14 décembre 2012, par La Rédaction

Ouverture de six nouveaux robinets à images (*), mercredi 12 décembre, avec tout le cérémonial qui va avec : cocktail au CSA, discours, coupe de ruban... Cependant, la tête des dirigeants de la télé n’est pas aux cotillons habituels des coups d’envoi. La grisaille publicitaire, ce ciel lourd de menaces de récession où certains cassent les prix pour sauver des parts de marché, n’incite guère les patrons de chaîne à l’optimisme. Les mêmes qui réclamaient à cor et à cri des « chaînes bonus », imprudemment promises par le législateur, maugréent aujourd’hui d’avoir à sortir le carnet de chèques pour alimenter les nouvelles grilles de programmes.

Le groupe M6 lancera donc 6ter, sa petite dernière, à caractère familial, sans la moindre embauche supplémentaire. Les salariés devront se débrouiller pour cumuler les tâches. Chez TF1, on n’a plus de moyens : onze personnes ont été recrutées pour faire tourner HD1, dédiée au cinéma et à la fiction. Plus de moyens, mais personne ne flambe... Chez Amaury, on réajuste le tir pour proposer une version améliorée de L’Équipe TV, rebaptisée L’Équipe HD, une chaîne d’info sur le sport. Un vrai service qui n’existe pas sur la TNT. Les plus enthousiastes se recrutent chez les "indépendants" : pour rien au monde, Alain Weill ne lâchera la fréquence obtenue pour RMC Découverte, une chaîne dédiée aux documentaires. Jean-Paul Baudecroux, le propriétaire de NRJ 12, déclinera Chérie 25, en direction des femmes, une cible qu’il entend choyer avec peu de moyens, mais suffisamment d’habileté pour tailler son chemin.

Et puis, il y a l’outsider, Pascal Houzelot, promoteur de Numéro 23. Atypique, pionnier du porno gay (Pink TV), homme de réseaux talentueux capable de réunir un tour de table mirobolant (voir les actionnaires, ici), Houzelot s’est entouré des conseils d’un vieil ami, Étienne Mougeotte, son mentor chez TF1, dont on ne peut pas dire qu’il est tout à fait manchot en matière de programmes. La chaîne s’intéressera précisément à toutes les formes de handicap (à voir notamment le docu du réel Push Girls sur quatre jeunes femmes en fauteuil roulant) et à la diversité en général sous un angle plutôt positif. Les premières images et les choix de programmes vont surprendre ceux qui s’attendaient à une chaîne ghetto sans moyens...

Six nouvelles chaînes, ce n’est pas rien dans un paysage qui comptait déjà 19 chaînes gratuites sur la TNT. Première conséquence : le bouleversement des plans de service sur les réseaux ADSL pour laisser place aux bandes-annonces des six nouveautés. Les chaînes payantes ont été reléguées "dans le fond de la classe" depuis près d’un mois sur CanalSat et SFR. Petit à petit, les autres box s’y sont mises (Free, Bouygues, Darty...). Aussitôt, leurs audiences ont chuté, selon les premières indiscrétions. C’est que la zappette est paresseuse. Les annonceurs, qui tirent le diable par la queue, ont commencé à désinvestir les écrans des payantes pour concentrer leurs budgets pub sur les chaînes gratuites. La recherche de l’efficacité immédiate prime en ces temps de rigueur.

TF1 avec 4 fréquences (TF1, TMC, NT1 et HD1) et M6 avec trois fréquences (M6, W9 et 6ter) ont donc misé sur la gratuité. Mais que vont devenir leurs chaînes payantes ? Chez M6, Teva (payante) est censée être une chaîne destinée aux femmes. Sauf que le créneau va être occupé gratuitement par Chérie 25... TF6, commune à TF1 et M6, est censée être la chaîne payante des fictions. Sauf que HD1 va proposer gratuitement 250 films par an... Sur la TNT payante, Paris Première (groupe M6) se trouve dans une situation étrange. M6 voulait absolument obtenir son passage du payant au gratuit. Le CSA n’a pas donné suite.

Curieusement, quand, quelques mois plus tard, s’est présenté l’appel à candidatures de la TNT HD, M6 n’a pas présenté de dossier au nom de Paris Première. À ce moment-là, le groupe M6 a préféré pousser trois projets en privilégiant l’option d’une chaîne de télé-achat (à la rentabilité plus certaine) auprès de Michel Boyon, le président du CSA. Les Sages ont estimé que le télé-achat ne correspondait pas aux attentes des Français. M6 a obtenu un feu vert pour 6ter, son projet de chaîne le plus grand public. Le problème reste donc entier pour Paris Première : comment positionner la chaîne pour justifier le prix, même modique, d’un abonnement quand les téléspectateurs pourront surfer sur 25 chaînes gratuites avec quantité de films et de séries ?

Aujourd’hui, il n’y a finalement que trois types de programmes qui justifient le paiement : le sport premium (football principalement en partage entre beIN Sport et Canal+) qui n’est plus à la portée des chaînes gratuites (voir comment TF1 s’est délestée avec bonheur de la Ligue des champions), les séries originales en première exclusivité (ce qu’essaient de faire Canal+ et Orange Cinéma Séries dans une moindre mesure) et le porno aux heures tardives.

Pour les chaînes gratuites existantes, l’arrivée des nouvelles concurrentes tombe au plus mal. TF1 commence à peine à redresser ses audiences que l’effet de fragmentation va de nouveau sévir. M6 n’est pas plus heureuse du morcellement qui s’annonce. France Télévisions, en situation d’agonie financière, n’a pas eu le droit d’arracher la moindre fréquence et voit donc sa part se restreindre et s’en inquiète... Tout comme Arte, isolée sur son extraterritorialité et qui vit, elle aussi, de subsides publics dont on sait la rareté à venir. Du reste, France 5 et Arte voient débouler RMC Découverte avec appréhension : "Les prix des documentaires grimpent", s’inquiète Véronique Cayla, la présidente d’Arte. Même chose concernant le prix des films avec l’arrivée de HD1 (groupe TF1), gros consommateur de pellicules. Sans compter que Canal+, l’acteur le plus puissant du PAF, a effectué cette année une percée sur le marché de la télévision gratuite avec D8 et met les gaz pour rehausser les ambitions de sa chaîne...

Résumons-nous : une flopée de chaînes gratuites qui vont se disputer un fromage publicitaire en voie de rétrécissement (avec le risque de déstabiliser un peu plus la presse écrite). Des chaînes payantes de plus en plus bousculées sur leur coeur de cible. Une concurrence accrue sur l’achat de programmes qui va donc accroître les coûts d’acquisition. Tout est en place pour un scénario-catastrophe. Les "gros" s’en tireront sûrement. Mais les "petits" auront-ils les reins assez solides pour encaisser le choc de la compétition par temps de crise ? Le marché départagera.

(*) Le déploiement des six nouvelles chaînes se fera en 13 phases jusqu’en juin 2015. Dès mercredi, elles seront reçues sur un quart du territoire métropolitain via l’antenne râteau à condition de disposer d’un téléviseur HD ou compatible HD. Le câble, l’ADSL et le satellite complètent la couverture dès le lancement.

(14 Décembre 2012 - Avec les agences de presse)

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